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26 mai 2026Dans les Vosges profondes, une famille a construit quelque chose de rare : un lieu de luxe qui n’en a pas l’air, une table gastronomique qui sent la forêt, et un hôtel dont plus de la moitié des clients sont des habitués. Portrait d’un domaine qui a grandi sans changer d’âme.
Il y a des endroits qu’on découvre par hasard et qu’on ne cherche plus, parce qu’on sait où ils sont. Le Domaine du Haut Jardin est de ceux-là. Niché à Rehaupal, un village vosgien que les cartes routières mentionnent à peine, il attire chaque année une clientèle qui revient, sans avoir besoin d’être convaincue. Plus de la moitié des séjours sont des retours. Ce chiffre dit tout ce qu’aucun dépliant ne pourrait formuler.
L’histoire commence en 1997 avec une ancienne ferme qui abrite un bar, une épicerie, une quincaillerie et un restaurant de village. Agnès et Didier Masson la reprennent. Ils ne savent pas encore très bien ce qu’ils vont en faire, mais ils savent ce qu’ils veulent : un lieu où les gens se sentent bien. Presque trente ans plus tard, la ferme est devenue un hôtel quatre étoiles distingué par le label Logis d’Exception, le restaurant figure dans la sélection du Guide Michelin 2026, et les Masson sont toujours là, à la même adresse, avec leurs enfants qui ont grandi et pris leur place dans la maison.

La forêt comme matière première
Luc Masson a grandi ici, entre les épicéas et les sentiers humides du massif vosgien. Il est parti se former, a travaillé dans des maisons étoilées, et il est revenu. Pas par défaut. Par choix. Parce que la forêt qui entoure le Domaine est pour lui une ressource qu’aucune cuisine urbaine ne peut offrir.
À la Table du Haut Jardin, il utilise plus de deux cent cinquante plantes sauvages au fil de l’année. Pas comme curiosité ou comme artifice de présentation : comme fondation. Chaque menu tourne autour d’une plante, choisie selon ce que le moment propose. La mise en bouche, le plat, les mignardises en fin de repas, tout s’organise autour de cette colonne vertébrale végétale. À côté des ressources de la forêt, un maraîcher local approvisionne le potager du domaine. La truite des environs, les oeufs fermiers, les fromages du coin et les farines anciennes complètent les assiettes, sans jamais alourdir une cuisine qui reste légère, précise, et profondément attachée à ce coin de France.

Luc Masson résume sa philosophie avec la sobriété de quelqu’un qui n’a pas besoin de la défendre : « Chaque assiette est construite autour d’une plante. Mais l’essentiel, c’est le produit. » Le restaurant gastronomique, entièrement rénové en 2024, porte cette vision dans son architecture comme dans son assiette.
Pour qui cherche une table sans cérémonie, le bistrot Le Coquelicot, géré par Didier Masson, propose une carte plus simple avec les mêmes fournisseurs et la même rigueur sur la fraîcheur. Deux registres, une même maison.
Des chalets que l’on n’a pas trouvés ailleurs

Agnès Masson est directrice de l’hébergement. Elle a une façon de parler des chalets du Domaine qui dit l’essentiel : « Nous refusons le côté standardisé. » Ce n’est pas un argument commercial. C’est une conviction profonde, visible dans chaque détail des Perles, comme on appelle ici les chalets individuels disséminés dans le parc.
Chaque chalet a sa propre personnalité. Les salles de bain sont habillées de pierres naturelles importées de Turquie, le bois et le marbre se répondent, les espaces restent intimes même quand ils sont généreux. La Suite dispose d’un sauna en pierres de sel de l’Himalaya. Tous les chalets ouvrent sur une terrasse privative avec jacuzzi chauffé à 38°C et jardin secret. Le chalet Zen y ajoute un hammam.
Ces espaces sont utilisables à toute heure. C’est là que réside la différence avec un spa collectif : ici, personne n’attend, personne ne partage. Les Masson ont cherché ce concept ailleurs avant de l’inventer eux-mêmes. Agnès Masson : « Nous ne l’avons trouvé nulle part, alors nous avons décidé de le créer. » Cette intimité absolue a fait la réputation du Domaine. Elle en a aussi fait le cadre de nombreuses demandes en mariage, préparées en secret avec toute l’équipe.
Une vallée, une famille

Le Domaine s’étend dans un parc arboré entre les lacs de Xonrupt-Longemer et les crêtes du Hohneck. Les sentiers de randonnée partent directement du domaine. Des vélos électriques avec panier pique-nique sont disponibles pour explorer la vallée. En hiver, les domaines skiables de Gérardmer et La Bresse sont à portée. Le spa privatif et les soins réalisés avec les produits de la gamme FORê, labellisée pour ses formulations bio, complètent une offre bien-être qui ne cherche pas à tout faire : elle cherche à bien faire ce qu’elle propose.
L’organisation du Domaine est entièrement familiale. Charlène et Jean-Didier gèrent la logistique et les chantiers d’extension. Amandine s’occupe de l’accueil. Esther tient la salle. Agnès supervise l’hébergement, Didier le bistrot, Luc la table gastronomique. Chacun à sa place, dans un équilibre qui tient depuis des années et qui se lit dans la façon dont les clients sont reçus.
Luc Masson ne cache pas son ambition d’obtenir une étoile Michelin. Mais il tient à préciser ce que cette ambition ne changera pas : « Nous avons voulu garder notre identité, même en montant en gamme. » À deux heures de TGV de Paris, dans un village que peu de gens connaissent, le Domaine du Haut Jardin continue de faire exactement ce qu’il a toujours fait : accueillir des gens qui cherchent autre chose, et les voir revenir.




