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16 septembre 2026Il y a des régions qui ne cherchent pas à se faire remarquer, et c’est précisément ce qui les rend inoubliables. Le Lot-et-Garonne fait partie de celles-là. Entre Agen et Villeneuve-sur-Lot, la vallée du Lot déroule ses coteaux plantés de vergers, ses bastides médiévales aux arcades de pierre et ses villages qui semblent n’avoir jamais quitté le XIIIe siècle. On y vient rarement par hasard, on y vient parce qu’on a entendu parler d’un lieu, d’une table, d’une lumière particulière l’été sur la rivière. Monflanquin, l’une des bastides les mieux conservées de France, et la forteresse de Bonaguil, dernière grande place forte médiévale du royaume, donnent le ton d’un territoire où le patrimoine ne se visite pas derrière une vitrine. Il se traverse, à pied, à vélo, ou en canoë sur l’eau calme du Lot.
C’est dans ce paysage, à quelques minutes de Saint-Sylvestre-sur-Lot, que se dresse le château de Ferrassou. Et contrairement à ce que son allure pourrait laisser penser, ce n’est ni un hôtel, ni un lieu de réception impersonnel. C’est une maison.

Une demeure de famille, pas un établissement touristique
Le château appartient à Philippe Derouin, avocat, qui l’a acquis en 2019 avec un projet précis en tête : ne pas créer un énième lieu de séminaires standardisé, mais restaurer une véritable demeure de vie, comme on en habitait au XIXe siècle, sans rien sacrifier du confort du XXIe. Le résultat ne trompe pas. On entre à Ferrassou comme on entrerait chez des amis qui auraient, par chance, hérité d’un château. Les œuvres d’art côtoient les meubles de famille, chaque pièce a sa couleur, sa personnalité, et la grande table de la salle à manger reste dressée en permanence pour dix-huit couverts, signe qu’ici, on reçoit vraiment, on ne loue pas une coquille vide.
L’édifice lui-même raconte huit siècles d’histoire. Fondé au Moyen Âge (l’hypothèse d’une origine XIVe siècle a été confortée par une analyse récente par thermoluminescence), agrandi à la Renaissance sous la famille de Lustrac, puis remanié dans un esprit néoclassique en 1820, le château conserve deux tours classées Monuments historiques : une tour carrée abritant un escalier à vis gothique remarquable, à noyau torsadé et voûte en palmier, et une tour ronde Renaissance percée de fenêtres à meneaux. Longtemps propriété des Lustrac puis des Masparault, la demeure a traversé les siècles sans jamais perdre son caractère seigneurial.
Dix chambres, une piscine, une rivière : le luxe du temps qui passe lentement
Le château accueille jusqu’à dix-neuf personnes en location exclusive, réparties dans dix chambres et huit salles de bain rénovées. Un format pensé pour les réunions de famille, les retrouvailles amicales ou les séminaires résidentiels qui ont besoin d’intimité plutôt que de volume. Le gîte de la ferme, plus modeste, complète l’offre pour des groupes plus restreints.
Mais l’essentiel se joue peut-être à l’extérieur. Le parc aux arbres multiséculaires descend jusqu’au Lot, une rivière rendue navigable et paisible sur plus de trente kilomètres depuis le barrage de Villeneuve-sur-Lot : on s’y baigne, on y pagaie en paddle, on y rame en barque. La piscine, le terrain de pétanque et le billard français occupent les heures qui restent. Et tout autour, seize hectares de vergers d’amandiers biologiques, une culture rare dans la région, entrent cette année dans leur première saison de production, promesse d’une future marque d’amandes Ferrassou.

Un auditorium médiéval pour les grands événements
Pour les réceptions plus importantes (mariages, conventions d’entreprise, grandes fêtes), une salle indépendante d’environ 200 m² accueille jusqu’à cent cinquante invités, avec accès direct au parc et à un préau couvert. Mais le lieu le plus singulier de Ferrassou reste souterrain : un ancien entrepôt voûté du XIVe siècle, resté enfoui pendant des siècles, a été entièrement dégagé lors de la restauration et transformé en auditorium. Sous ses quatre mètres de voûte en briques, un piano Érard de 1842 restauré accueille aujourd’hui concerts classiques et sessions de jazz dans le cadre des Heures culturelles de Ferrassou, un rendez-vous culturel que Philippe Derouin a créé et soutient via un fonds de dotation dédié au mécénat.

Pourquoi Ferrassou mérite le détour
Ce qui distingue Ferrassou des autres châteaux du Sud-Ouest ouverts à la location, c’est cette tension réussie entre deux exigences rarement conciliées : la rigueur patrimoniale d’une restauration menée avec l’architecte en chef des Monuments historiques, et la chaleur d’un lieu resté profondément habité. On n’y loue pas un décor. On y vit, pour quelques jours, la vraie vie de château, amandiers, rivière, musique et grande tablée comprises.




