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18 septembre 2026À Verzenay, un village grand cru perché sur la Montagne de Reims et surveillé depuis deux siècles par son fameux moulin, la Champagne aime généralement les grandes maisons, les assemblages savants et les volumes qui rassurent. Stéphane Vignon a choisi l’inverse. Sur ses parcelles familiales, Il élabore des champagnes rares, tous vinifiés en Grand Cru, majoritairement millésimés en fûts, avec une idée simple en tête : laisser le terroir parler avant que le vinificateur n’ait son mot à dire.
Un retour au pays, à condition de vinifier

Avant de reprendre le domaine familial. Stéphane Vignon aurait aimé être sommelier. Après un bac viti-oeno à Avize et un BTS technico-commercial vins et spiritueux, faute de passerelle vers la sommellerie, il prend des chemins de traverse : représentant pour un brasseur en Alsace, puis pour une entreprise en Allemagne, intérimaire pendant trois ans, gérant d’une cave à vins réputée à Mulhouse, une adresse devenue incontournable de la région.
Après des rencontres déterminantes avec Anne-Claude Leflaive, c’est en Alsace, chez son maître de stage René Muré au Clos Saint-Landelin de Rouffach, qu’il se remet à la viticulture et s’initie à la biodynamie, au bio, à la vinification sans collage ni filtration, une manière de « guider » le vin plutôt que de le façonner. Il finit par s’approprier ces techniques, un état d’esprit qui lui permettra plus tard de développer sa propre ligne d’élaboration.
À trente ans, en 2001, il revient au bercail à une condition posée à son père : pouvoir vinifier lui-même. Depuis, il exploite les parcelles familiales à Verzenay, Verzy et Villers-Allerand, un morcellement de terroir qui, loin d’être une contrainte, devient sa matière première. « Je me spécialise un peu sur le terroir de Verzenay », confiait-il. « C’est un grand cru historique du vignoble. J’y retrouve plus de structure et de puissance. »

Le terroir avant l’assemblage
La philosophie de la maison tient en peu de mots, mais elle tranche nettement avec les habitudes champenoises. Champagnes parcellaires, tous en Grand Cru, en Extra-Brut, millésimés, et avec le moins d’intervention possible : les vins de base sont élevés majoritairement en fûts, avec des levures naturelles, sans collage ni filtration, et la chaptalisation n’est recherchée que si la nature ne la rend pas nécessaire. « Certes, l’histoire de la Champagne, c’est l’assemblage. Mais les choses évoluant, les amateurs redécouvrent que les champagnes sont des vins de terroir », explique Stéphane Vignon. « Je suis convaincu que le champagne de demain sera une expression de terroir, parcellaire, millésimé avec ainsi plus d’authenticité. »
Un vigneron dont la réputation n’est déjà plus à faire. Un exemple suffit à mesurer l’exigence de la maison : sa cuvée issue d’un coteau champenois rouge émanant d’une parcelle plantée en 1960-1961, donne très précisément 600 bouteilles tous les 2-3 ans, selon l’ensoleillement requis.
La cuvée millésimée L’Aura des Marquises, le fleuron de la maison, ne compte elle aussi que 900 bouteilles, élaborées uniquement lorsque le millésime lui semble à la hauteur.
Des fûts nés dans sa propre forêt
C’est sans doute le détail le plus singulier de la maison Vignon : il en est le précurseur, et l’un des rares en Champagne à s’y être essayé : une partie du bois utilisé pour l’élevage des vins provient de la forêt familiale de Verzy et Verzenay, dont l’idée est de travailler ainsi : terroir sur terroir !
En 2013, Stéphane Vignon a sélectionné plusieurs chênes centenaires âgés d’un siècle et demi, avec le MOF tonnelier Denis Saint Arroman, en vue d’élaborer plusieurs fûts sur mesure destinés à ses cuvées les plus personnelles. D’autres opérations, menées avec l’ancien chef sommelier des Crayères Philippe Jamesse, créateur de la collection de verres de dégustation champagne avec la verrerie Lehmann, et plusieurs partenaires du monde du vin, s’inscrivent dans une recherche assumée d’« effet terroir » poussée jusqu’au bois lui-même. « Cet arbre a connu trois guerres mondiales et a vu passer plusieurs générations de vignerons », résumait le vigneron dans La Marne Viticole.
45% des fûts sont issus de la foret familiale et permettent aujourd’hui de vinifier l’équivalent de dix huit mille bouteilles, fruit d’une véritable alchimie entre le bois et le vin, une synergie portée par l’énergie propre à ce terroir, réservées à une poignée de cuvées d’auteur parmi les plus recherchées de la maison.
Un artisan du terroir, reconnu par la critique

Sa démarche lui vaut une reconnaissance qui dépasse largement le cadre régional : plus de 150 médailles saluent aujourd’hui la qualité de ses cuvées, dont une médaille d’or en 2026 pour l’Extra Brut Réserve des Marquises 2018 dans Le Guide Hachette des Vins .
D’autres distinctions ont été reçues lors du Decanter World Wine Awards et du Concours Mondial de Bruxelles. Le domaine a également été élu Meilleur Producteur de Vins Effervescents 2026 au Berliner Wine Trophy, le plus grand concours de dégustation de vins au monde.
Stéphane Vignon cultive aussi un lien assumé avec la gastronomie : il est membre des Disciples d’Escoffier International, de l’Académie Nationale de Cuisine et des Toques Françaises.
Il vient d’ailleurs de signer une cuvée avec Baptiste Renouard, chef étoilé du restaurant Ochre à Rueil-Malmaison et révélé au grand public lors de Top Chef.
Une viticulture engagée, sans concession sur le fond
Défenseur convaincu d’une viticulture durable, Stéphane Vignon a obtenu la certification HVE (Haute Valeur Environnementale), sans pour autant se laisser enfermer dans une démarche dictée par les seules tendances. « Les techniques modernes de culture ressemblent étrangement à des méthodes anciennes et à des moyens de lutte prophylactique traditionnels », observe-t-il. « Le principe de base, c’est le préventif. Moins de pesticides, c’est bien, mais plus de passages dans les vignes, ce n’est pas bon pour l’empreinte carbone. Soyons sérieux et qu’on nous laisse travailler. »
À Verzenay, dans une cuverie où l’on entend encore le souvenir des trois guerres traversées par ses propres chênes, Stéphane Vignon poursuit ainsi, bouteille après bouteille, la même idée : l’authenticité d’un champagne de terroir n’a rien d’un slogan, du sol jusqu’au bois du fût.




