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14 juillet 2026Rien ne semblait prédestiner Domiziana et Guy Assou à fonder ensemble l’une des structures les plus complètes du paysage hip hop français. Elle vient de la danse classique et du contemporain italien, lui du piano et des laboratoires scientifiques. C’est de cette différence, justement, qu’est née Flies, un écosystème où la technique ne suffit jamais seule, où l’on apprend à construire une carrière autant qu’un mouvement, et où le bien-être n’est pas un supplément d’âme mais une conséquence directe de la pratique.
Deux trajectoires, une même urgence
Domiziana danse depuis l’âge de trois ans. Le classique, le moderne, puis le contemporain construisent d’abord son socle technique, avant que le hip hop, découvert vers huit ans, ne devienne pour elle bien plus qu’une discipline supplémentaire, une culture entière qui la pousse à quitter l’Italie en 2013 pour Paris et l’Académie internationale de la danse. Elle y mène en parallèle une licence en médiation culturelle à la Sorbonne, puis un master en production de spectacle vivant, deux formations qui donneront plus tard toute sa cohérence au projet Flies.
Guy arrive à la danse par un chemin presque inverse. Pianiste dans les bars du quartier Saint-Michel, passé par un laboratoire comme ingénieur d’étude puis par l’enseignement des sciences de la vie et de la terre, il ne monte sur scène en tant que danseur qu’à 17 ans. Une audition pour le Marrakech du rire, en 2014, change sa trajectoire : repéré parmi une centaine de candidats, il rejoint lui aussi l’Académie internationale de la danse. Leurs routes se croisent en 2017, après plusieurs années de parcours menés séparément, autour d’une intuition commune, celle de bâtir une structure qui n’existait pas encore.

Combler l’angle mort du métier de danseur
Le constat fondateur de Flies tient en une phrase : un danseur peut sortir de formation avec une technique irréprochable et rester totalement démuni face aux réalités concrètes du métier. Statut d’intermittent, négociation de contrats, valorisation de son propre savoir-faire, ces compétences restent, aujourd’hui encore, le grand absent des cursus traditionnels. Domiziana en a fait l’expérience directe en structurant son propre parcours pour rester maîtresse de ses choix, avant de voir affluer les sollicitations d’autres artistes hip hop en quête de la même expertise.
Certifiée Qualiopi, la structure travaille aujourd’hui avec l’Afdas et France Travail Spectacle, ouvrant à ses élèves l’accès à des formations prises en charge, parfois même rémunérées. Depuis la rentrée de septembre, Flies innove encore davantage avec une passerelle d’alternance rare dans ce secteur, le premier contrat de professionnalisation du danseur, qui ouvre droit à un diplôme d’État. Les élèves sortent ainsi de l’école avec une expérience de terrain concrète, pas seulement un bagage technique.
Ce que la science confirme sur ce que Flies fait vivre chaque semaine
Derrière chaque cours, chaque battle, chaque atelier de médiation culturelle, il y a un mécanisme que la recherche a désormais documenté avec précision. Une revue systématique et méta-analyse de l’Université de Sydney, publiée en 2024 dans la revue Sports Medicine, a comparé les effets de la danse à ceux d’autres formes d’exercice physique chez des participants âgés de 7 à 85 ans. Sa conclusion est nette : la danse produit des effets aussi bénéfiques, parfois supérieurs, sur le bien-être émotionnel, la motivation et les symptômes dépressifs, avec des résultats mesurables dès six semaines de pratique régulière. C’est précisément l’échelle de temps sur laquelle Flies construit ses stages intensifs et ses cycles de cours.
Une étude allemande, publiée dans Frontiers in Human Neuroscience, est allée plus loin en comparant sur la durée deux groupes de 52 participants en bonne santé, des danseurs et des sportifs suivant un programme de remise en forme classique, et en mesurant des changements observables dans la structure même du cerveau. Ce que les chercheurs pointent comme la spécificité de la danse, sa capacité unique à combiner mouvement, musique, mémorisation de séquences et interaction sociale en temps réel, correspond presque trait pour trait à ce que Flies met en scène dans ses battles et ses créations collectives, où la technique individuelle ne prend tout son sens que dans l’écoute de l’autre danseur, du public, de la musique.
Un arbre à cinq branches, jusque dans les lieux qu’on n’attend pas

Le nom Flies renvoie au temps qui file, cette donnée que nul artiste ne maîtrise. Le logo, un arbre, dit l’inverse : rien de solide ne pousse sans un enracinement patient, construit bien avant les premiers résultats visibles. Cette image structure concrètement l’activité de la maison, organisée autour de quatre branches, la pédagogie, la création chorégraphique, l’événementiel et la médiation culturelle, cette dernière portant l’art jusque dans des lieux qui ne l’attendent pas, des prisons aux établissements scolaires, là où ses effets sur l’estime de soi et la régulation émotionnelle, documentés par la recherche, prennent une résonance particulière. Une cinquième branche, dédiée à la musique, est en plein développement.
Les créations de la compagnie explorent des thématiques exigeantes, la diaspora, la résilience, portées par une recherche esthétique immersive qui place volontairement le public au cœur de l’expérience. Le rayonnement de Flies dépasse largement l’Hexagone, avec des interventions dans une académie professionnelle à Rome et des collaborations en Chine, au Sénégal et en Turquie. Prochain rendez-vous à ne pas manquer : un festival programmé du 23 septembre au 4 octobre 2026, à la croisée de plusieurs esthétiques et générations de danseurs.
Une aventure qui continue de s’écrire
Avec un lieu dédié en projet pour réunir enfin toutes ces activités sous un même toit, Domiziana et Guy Assou écrivent la suite d’une aventure collective qui a fait de l’exigence et de la bienveillance les deux faces d’une même conviction. Chez Flies, la science le confirme sans surprendre personne sur le terrain : on ne sort jamais d’un cours tout à fait comme on y est entré, et c’est précisément ce que cette maison a choisi d’en faire, un lieu où l’on apprend autant à danser qu’à se sentir mieux.




